La pédagogie positive : entre mythes et réalité
La pédagogie positive est un terme souvent galvaudé. Est-elle synonyme de permissivité ? Comment poser des limites sans renoncer à la bienveillance ? Découvrez ce qu’elle signifie réellement, ses limites et comment l’appliquer concrètement au quotidien.
7 min lire
La pédagogie positive est-elle simplement un terme à la mode ?
Qu'est-ce que la pédagogie positive ?
La pédagogie positive est une approche éducative qui met l'accent sur la bienveillance, l'encouragement, la valorisation et la confiance en soi. Elle permet aux enfants, dans un cadre sain et sécurisant, de s’épanouir pleinement.
Mais alors, comment l'appliquer au quotidien, gérer les transgressions et la frustration ? La pédagogie positive est-elle synonyme d’absence de règles et de limites ?
Bienveillance et cadre : un faux débat
Beaucoup de personnes auraient tendance à faire l'amalgame entre pédagogie positive et « laisser-faire ». De même que l'on pourrait penser que la pédagogie Montessori positionne l'enfant comme un « enfant roi ». En réalité, il n'en est rien. Les limites sont primordiales. Elles offrent un cadre rassurant qui permet à l’enfant de devenir autonome, respectueux et confiant.
En revanche, la pédagogie positive se différencie d’une approche ‘classique’ car les limites sont posées par anticipation. Le cadre est clair. Les enfants savent ce qu'ils peuvent ou ne peuvent pas faire et quelle en sera la conséquence.
Ceci étant dit, les enfants transgressent parfois les règles : avant 6 ans, leur régulation émotionnelle est encore immature. Comprendre pourquoi un enfant transgresse est essentiel pour savoir comment réagir sans perdre le cap.
Pourquoi les jeunes enfants transgressent-ils les règles ?
Derrière chaque comportement « inapproprié » se cache souvent l’expression d’un besoin non satisfait. Un enfant ne cherche pas à provoquer. Il cherche à satisfaire un besoin.
Avant 6 ans, le cerveau émotionnel domine largement le cerveau rationnel. L’enfant agit d’abord, puis apprend progressivement à réguler. C’est pour cela qu’un comportement peut sembler excessif ou disproportionné.
Dans la pédagogie positive, on parle beaucoup de besoins fondamentaux. Dans la pédagogie Montessori, Maria Montessori évoque les périodes sensibles : des phases durant lesquelles l’enfant est intérieurement poussé à développer certaines compétences (mouvement, langage, ordre, autonomie…). Si ces besoins ne trouvent pas de réponse adaptée, cela peut générer agitation ou frustration.
Parmi les besoins les plus fréquents chez les jeunes enfants :
Besoin d’autonomie : « Je veux faire seul. »
Besoin de mouvement : le corps a besoin d’agir pour apprendre.
Besoin d’attention et de connexion : être vu, entendu, reconnu.
Besoin de compétence : réussir, se sentir capable.
Besoin de sécurité et de cadre clair : savoir jusqu’où il peut aller.
Prenons l’exemple de l’eau au moment du repas. L’enfant ne “fait pas exprès d’embêter”. Il peut avoir :
un besoin de mouvement (il s’ennuie à table),
un besoin sensoriel (observer l’eau couler),
un besoin d’attention,
ou simplement une fatigue émotionnelle.
Identifier le besoin ne signifie pas autoriser le comportement. Cela signifie comprendre ce qui se joue pour pouvoir poser une limite adaptée, sans entrer dans un rapport de force.
C’est là que la pédagogie positive et Montessori se rejoignent : on cherche la cause, pas seulement le symptôme.
Comment utiliser la pédagogie positive au quotidien ?
Continuons avec l'exemple de la partie précédente. Comment réagir en suivant la pédagogie positive ?
1) indiquer quelle est la règle : « on ne peut pas jouer avec l'eau au moment du repas »
2) indiquer clairement les conséquences de ses actes : « si tu joues avec le verre d'eau, tu devras nettoyer »
3) nommer l’émotion ou le besoin non satisfait et si possible, laisser des options : « tu as beaucoup d’énergie et tu as envie de la dépenser ? On pourra jouer avec l'eau au moment du bain ou tu pourras jouer un moment avant d’aller te brosser les dents »
Dans ce cas, l'adulte se positionne comme un repère sécurisant, qui comprend les besoins de son enfant, tout en posant des limites et un cadre clair.
Aider l’enfant à nommer ses émotions et ses besoins est un outil puissant. Il est remarquable de voir le visage d'un enfant s'ouvrir lorsque l'adulte l’aide à comprendre l’émotion qui le traverse. C'est comme si soudain il se sentait compris et entendu. Il peut être utile de laisser le calme revenir. Un câlin. Un silence. Puis, une fois l’émotion apaisée, discuter de ce qui s’est passé.
Continuons avec notre exemple sur l’eau.
—> Posture 1: « tu as encore fait tomber de l'eau par terre ! Tu ne fais que des bêtises ! Stop !"
—> Posture 2: « Tu as fait tomber de l'eau par terre. Tu es peut-être en colère ou as envie de jouer ? Tu as le droit de ressentir cette émotion mais ce n'est pas autorisé de jeter l’eau par terre au moment du repas. Maintenant, je te demande de nettoyer ».
Les deux phrases mènent au même résultat. Mais l’impact émotionnel est totalement différent.
La pédagogie positive est efficace lorsqu’elle est équilibrée par un cadre clair, mais comment gérer cela au quotidien? Quelles sont les limites de cette pédagogie ?
Les limites et les dérives possibles de la pédagogie positive
La première limite est simple : la fatigue parentale.
En effet, nous avons aussi au quotidien, nos propres émotions et difficultés d’adultes. Il peut nous arriver de perdre patience et de ne pas s'exprimer comme on l'aurait voulu. Mais il n’y a pas de fatalité ! Présenter ses excuses et reconnaître que la façon d’agir aurait pu être différente, nommer ses émotions, est une puissante façon de créer du lien avec son enfant. En montrant l’exemple, l’enfant comprend le poids et l’utilité des excuses, de l’expression de ses émotions. Et surtout, l’adulte évite de s’épuiser à tout contrôler.
Une autre limite peut être de pousser trop loin la bienveillance, l’écoute, quitte à toujours dire « oui » à l’enfant.
Il est important de trouver un juste équilibre entre bienveillance et fermeté (règles et cadre). C’est cet équilibre qui permettra aux enfants de se responsabiliser, petit à petit, et devenir des adultes empathiques, respectueux et résiliants. Poser des règles claires, les expliquer et appliquer les conséquences annoncées en cas de transgression sont des étapes essentielles. Éduquer en bienveillance ne veut pas dire absence de règle, c’est tout le contraire. Le « non » est utile, et tout tient en vérité dans les mots choisis pour l’expliquer, et la posture prise, qui elle doit être bienveillante.
Malheureusement, il est aussi possible que, malgré le cadre clair et les règles établies, les enfants n’écoutent pas les demandes de leurs parents. Dans cette situation, leur laisser des options de choix, tout en s’assurant que l’objectif est atteint, peut être une solution gagnante. Les enfants apprécient avoir le choix, cela leur donne un sentiment d’autonomie dans la gestion de leur quotidien, et in fine, leur donne confiance en eux.
Prenons un exemple: l'enfant ne veut pas se brosser les dents.
Possible réponse basée sur la pédagogie positive:
—> On lui donne des options incluant le brossage de dents pour qu'il ait un pouvoir de décision sans pour autant faire l'impasse sur le brossage de dents: tu préfères te laver les dents avant ou après la lecture du livre?
Pour Maria Montessori, les enfants sont des « esprits absorbants » : ils sont des « éponges » jusqu'à l’âge de 6 ans, ils apprennent et se construisent en imitant et en apprenant de leur environnement et des personnes qui les entourent. Alors donnons l'exemple et montrons aux enfants que le brossage de dents est utile et peut devenir un moment agréable :
—> Mettre une musique de fond pendant le brossage, regarder le sable s’écouler dans un sablier, regarder ses dents avec un miroir avant et après lavage pour observer la différence…


Comment appliquons-nous la pédagogie positive dans nos classes Kidioma?
Tout d’abord, chaque séance est pensée et développée pour avoir un rythme permettant aux enfants d’utiliser plusieurs de leurs sens et le mouvement pour favoriser un apprentissage vivant et actif. Chaque atelier est réfléchi pour que l’enfant s’amuse, qu’il joue tout en apprenant. Pour autant, le jeu n’est pas synonyme d’absence de règles : les règles sont peu nombreuses mais clairement définies. Les enfants savent ce qui est attendu d’eux et apprennent progressivement à se responsabiliser dans un cadre sécurisant.
Nous formons des petits groupes (maximum 5) pour favoriser l’expression orale de chacun et ainsi développer leur confiance en eux.
Nous laissons des options de choix entre certaines activités, pensées préalablement pour atteindre des objectifs éducatifs identiques. Les activités sont pensées pour que l’enfant puisse corriger facilement son erreur et la comprenne comme partie intégrante de son apprentissage (valorisation de l’erreur comme étant un atout pour apprendre).
Nous encourageons l’enfant à faire par lui-même et mélangeons les classes par âge pour développer l’empathie des enfants.
Pour finir, nous commençons chaque classe par un tour de table où tous s’expriment sur leur émotion du moment.


En conclusion
La pédagogie positive ne signifie ni absence de règles, ni suppression des frustrations. Les enfants ont besoin d’un cadre clair et de repères pour se sentir en sécurité et se construire sereinement.
Le rôle de l’adulte est de tracer un chemin vers l’épanouissement, tout en accompagnant son enfant à traverser les frustrations (qu’il ne faut pas chercher à supprimer). C’est ainsi que l’enfant développe progressivement sa maturité émotionnelle et acquiert les outils pour comprendre, gérer et réguler ses besoins et ses émotions.
Tout repose finalement sur un équilibre : fermeté dans le cadre, douceur dans la posture.
Aucun parent n’est parfait. Il nous arrive à tous de perdre patience. Mais se remettre en question, reconnaître ses erreurs, ajuster sa posture… c’est déjà montrer l’exemple.
Éduquer avec bienveillance, c’est accepter d’apprendre en même temps que son enfant. Et c’est souvent là que la relation devient plus forte.
